I N D I G N E Z – V O U S

10 mai 2011

Extraits de la vie de Akli

Publié par manseri dans Roman historique

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Extrait du  »destin de Akli » publié chez Edilivre Aparis en décembre 2009
Akli est né en Kabylie, dans une petite localité faite de quelques maisonnettes, sur le flanc d’une montagne ; il se souvient des conditions de vie injustes dans lesquelles vivaient les siens, avant qu’ils ne quittent ce lieu pour s’installer, en famille, à Alger ; il n’avait que cinq ou six ans, mais sa mémoire a gardé intacts les moindres détails des moments passés à la Casbah, quand les Américains déambulaient dans ses ruelles, leur chewing-gum dans la bouche, lors de la deuxième guerre mondiale, quand les tramways traversaient les artères d’Alger, et quand crépitèrent les premières armes de la guerre de libération ; puis vint l’indépendance de l’Algérie, et les composantes d’une existence nouvelle …… pleine de joies et de peines. Il décrit avec humour, naïveté et douleur, les différentes épreuves qui ont marqué sa vie d’Algérien libre.
in / Le destin de Akli – éditions Edilivre Aparis déc 2009

Le destin de Akli

Nous sommes à peu près en 1935, l’Algérie est sous domination française; notre hameau était composé de quelques maisonnettes rassemblées sur la colline et à cette époque, les membres de ma famille vivant dans cette même maison étaient ma grand-mère Yasmina, ma mère, mon oncle maternel Ahmed, mon frère aîné Mohamed, âgé d’environ neuf ou dix ans et moi-même; mon autre oncle Boudjemaa faisait son service national sous le drapeau français. Il manquait une personne, mon père, et j’ai posé la question à ma mère :
- tous les enfants du village ont un père, qu’ils appellent ‘Vava’ et le mien, où est-il ?
- Il est parti loin, très loin, mais il reviendra bientôt – me répondait ma grand-mère. En fait, je n’étais pas encore né quand mon père a fait l’objet d’une transportation vers une destination inconnue.

Souvent je voyais ma mère pleurer, et je pleurais aussi; quand j’insistais sur la même question, mon oncle Ahmed me prenait sur ses genoux et me disait : ‘’ne pleure pas, je vais aller chasser aujourd’hui et je te rapporterai des lièvres, des perdrix’’. Mon oncle chassait, en utilisant des pièges de fortune, qu’il fabriquait lui-même à l’aide d’une plaque en bois et de fil de fer, et je le voyais souvent partir en forêt, avec son piège sur le dos; quelquefois il ramenait quelque menu gibier…Il me racontait des histoires, pour remplacer un peu mon père. Pour me faire rire, il racontait n’importe quoi, faisait le singe.

Un jour, je surpris ma mère et ma grand-mère en pleurs, en compagnie d’une tante – Ferroudja – qui habitait dans une autre dechra; plus tard, on m’en a expliqué la raison; mon oncle Ahmed, le seul homme de la maison, était à son tour appelé sous les drapeaux. Après son départ, la maison est devenue affreusement vide; on me disait :
- ton oncle est parti en voyage
De nouveau, je me sentis orphelin, malheureux, seul.

Sans homme et sans ressources, ma mère dut affronter les pires peines pour nous entretenir. Les frères de mon père ne l’aimaient pas, elle devait, la pauvre, louer la force de ses bras aux petits propriétaires de terrains de culture, situés sur les pentes de la montagne; elle passait de longues journées à retourner la terre, à l’aide d’un petit outil artisanal, qu’elle employait en tant que bêche.

Inlassablement courbée, ma mère pour bêcher m’attachait sur son dos, car j’étais capricieux et pleurnichard; quelquefois, elle obligeait Mohamed, mon frère, à jouer avec moi; il faisait le cheval, et moi, le cavalier.

En échange de son labeur, les employeurs de ma mère la gratifiaient de quelques figues sèches, ou de deux ou trois kilogrammes d’orge, selon la saison et les récoltes; c’était une pire misère. L’esprit d’exploitation n’appartient pas qu’aux autres. La misère appelle la misère.

2ème extrait

La démobilisation des contingents

Vint le moment de la démobilisation des contingents africains et Hilda fut prise de panique; elle s’était grandement attachée à moi et ne cessait de pleurer en pensant à mon départ vers l’Algérie. Ses visites à la caserne me causèrent quelques ennuis avec l’Administration..
- emmène-moi avec toi en Algérie, je travaillerai et t’aiderai à nourrir tes petits frères et sœurs, me disait-elle.

Hilda avait le statut de réfugiée, elle n’avait pas le droit de quitter le territoire allemand; les frontières étaient verrouillées car toute personne qui avait fait les camps soviétiques était à surveiller; malgré cela, à deux reprises, comme l’on annonçait un éventuel retour vers l’Algérie, elle traversa la frontière franco allemande pour tenter de me précéder à Alger et revint vers l’Allemagne; la date exacte de retour vers l’Algérie demeurait secrète et presque hypothétique.
- pourquoi es-tu revenue ?
- je n’ai pas pu passer; il n’y a aucun consulat allemand
- retourne en France et essaie d’embarquer, il n’y a aucune autre issue

3ème extrait

Volontariat

La tutelle syndicale a lancé un appel aux Algériens pour une campagne de volontariat en faveur des domaines agricoles autogérés ; la main-d’œuvre utilisée était insuffisante en expérimentation et en nombre ; tous n’étaient pas des fellahs (paysans rompus aux tâches agricoles). Cet appel s’est généralisé à tous les secteurs de l’emploi, également chez les étudiants, qui ont répondu en masse ; il y avait en eux une grande ferveur idéologique, teintée de couleur marxiste ; ils avaient une maturité politique exceptionnelle, et un encadrement universitaire de qualité, formé de professeurs émérites, aussi bien Algériens qu’Etrangers ; d’après ce qu’on disait, les amphithéâtres étaient pleins, notamment dans les filières sociologiques, celles-ci ont d’ailleurs fait l’objet d’une surveillance étroite de la part de l’appareil d’état. C’est au cours de cette période que fut lancée la campagne d’arabisation dans certains domaines d’études.
J’ai organisé pour un vendredi une sortie dans un domaine agricole, situé à quinze kilomètres environ à l’ouest d’Alger :
- ce vendredi, nous allons aider les fellahs à travailler la terre ; vous êtes d’accord ?
Tout le monde a répondu oui ; sur place, nous avons procédé à plusieurs actions de défrichage, de reboisement, de débroussaillage, nos mécaniciens ont réparé deux tracteurs ; juste avant le départ, le responsable du domaine m’a retenu quelque temps pour me faire part de ses besoins en matériels et outillages, en cas d’une éventuelle mission ; arrivé sur l’emplacement où stationnaient les cars, je constatai, ébahi, qu’il n’ y avait plus personne :
- ils sont partis sans moi, les abrutis !
Moi qui étais si content de ma journée, j’étais bien coincé, vexé, j’ai dû faire des kilomètres à pied pour trouver un moyen de rentrer chez moi :
- vous m’avez laissé tomber, hein ! leur reprochai-je le lendemain
- chacun pensait que tu étais dans l’un ou l’autre car
- sans moi, vous êtes des moutons sans berger

4ème extrait

Je me rappelle en particulier d’un événement précis, en 1992, quand nous entendions non loin de chez nous un prêche à haute voix, fait par un membre important du F.I.S. invitant les algériens à changer leurs habitudes vestimentaires et alimentaires ; au même moment, le Président Chadli annonçait sa démission forcée ; ce n’est qu’après un bon moment que le prêcheur stoppa brusquement son sermon, pour avoir certainement eu l’information de cette nouvelle qui allait plonger le pays dans un cycle de violence sans précédent, et dans une aventure institutionnelle improvisée. Cela sembla burlesque qu’au même moment des gens faisaient un discours triomphaliste à un public attentif alors qu’un Président présentait un profil bas pour avoir été piteusement démis de ses fonctions.
Tout le monde a été pris de court par cette démarche, les uns y voyant le seul recours possible, les autres une menace pour leur règne auto proclamé ; toutefois, les Algériens dans leur ensemble ont été déroutés par l’ampleur du phénomène de cassure, qui a entraîné le pays d’une situation de mal vie à celle d’une barbarie terrifiante. Du coup certains disaient qu’il valait encore mieux vivre sous le règne de l’ancien parti, que de subir un tel état de peur et de terreur. Le Président Boudiaf se fit tuer, lui qui représentait l’espoir d’un gouvernement intègre et populaire. Kouti me téléphona du bureau tant elle était consternée :
- on a tué le Président Boudiaf !
J’allumai immédiatement la radio pour confirmer cette nouvelle terrifiante. Il a été tué en direct. La jeunesse lui réserva un adieu chaleureux et poignant, considérant que lui seul pouvait prôner une politique d’intégrité et de justice sociale. Il a énoncé certains principes directeurs, inscrits dans ce que l’on a appelé les résolutions de Boudiaf, dont celui-ci :
- ‘’un des axes principaux du changement sur la transformation des rapports entre le citoyen et les administrations, c’est qu’il faut en finir avec la ‘’hogra’’ (injustice) le piston, les passe-droits, les comportements mafieux’’

Le Président Boudiaf semblait déterminé à éradiquer la source du mal

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